Stephanie Aubertin Psychologue

19
Fév 2016
Eagle of Death Metal

J’avais envie de réagir suite à… la suite des événements du Bataclan ; et de faire ainsi le lien avec l’accueil d’émotions inconfortables et les actions engagées vers nos valeurs qui sont au centre de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT).

En effet, ces derniers jours on a beaucoup parlé du retour des Eagle of Death Metal sur une scène parisienne, en l’occurrence à l’Olympia, le Bataclan étant toujours fermé.

Les médias ont interrogé les rescapés, les proches de victimes et il en ressortait que les personnes appréhendaient ce concert, pas au niveau de la sécurité, mais au niveau des émotions qu’elles pensaient qu’elles allaient ressentir. J’ai ainsi entendu dire des choses comme celles-ci : « Ça va être très dur », « Je me dois d’être là pour ma fille victime, mais… j’ai peur », « Que va-t-il se passer s’il y a trop d’émotions ? Je ne vais pas tenir » etc. Il y avait également des questions sur le groupe, sur la façon dont eux, allaient mener le concert.

Le lendemain, il ressortait une énergie, une force nouvelle. Que s’était-il passé alors ?

Les Eagle of Death Metal ont été, d’après ce que j’ai entendu, « intelligents » : ils n’ont pas été dans le pathos, ils ont joué comme d’habitude, avec juste quelques instants de silence pour se remémorer et puis la place a été redonnée à la musique.

 

Dans la thérapie ACT, on appelle cela avoir des actions engagées vers nos valeurs tout en faisant de la place à nos émotions. En effet, les émotions ne sont pas nos ennemis, nous n’avons pas à combattre contre elles et nous pouvons les accueillir telles qu’elles sont, sans jugement, en leur laissant l’espace nécessaire et en nous orientant vers ce qui est important pour nous, vers une action qui porte nos valeurs. Ici, les Eagle of Death Metal n’ont pas tenté de contrôler les émotions, ils leur ont fait de la place, mais leur valeur était de jouer du rock ‘n’ roll et de montrer aux terroristes et à toute autre personne qu’ils étaient vivants et que se sentir vivant était le plus fort.

 

Nous pouvons donc tous agir, je dis bien agir – c’est-à-dire avoir un comportement observable – en direction de ce qui est important pour nous. Si pour une personne, prendre l’avion engendre des émotions désagréables, elle peut accueillir ces émotions si c’est pour rendre visite à de la famille et que cette visite représente une valeur pour cette personne. Autres exemples : si passer un examen, passer un entretien d’embauche, appeler quelqu’un qu’on ne connaît pas et qui nous rend anxieux… nous met mal à l’aise, nous pouvons tout de même passer cet examen, aller à cet entretien d’embauche, et passer ce coup de fil en acceptant que ces émotions soient là, même si elles ne nous plaisent pas, parce que avoir ce diplôme est important pour nous, être embauché dans cette société va nous procurer un travail, de l’argent et peut-être de la reconnaissance, et passer ce coup de fil va nous amener des informations qui vont nous être utiles par la suite. Ceci est également valable pour toutes les personnes qui fuient les conflits.

Accueillir ses émotions n’est pas aisé, mais cela s’apprend…

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